Au delà du canal

Partie pour un voyage de repérage approfondi au Panama et au Costa Rica, j’aimerai vous faire profiter de quelques feuilles de route qui font la coulisse de fabrication de vos prochains voyages sur-mesure au Panama ou vos prochaines vacances en famille au Costa Rica.

P1140586Panama Ce pays, grand à peine plus qu’un dixième de la France, peuplé par plus de trois millions d’habitants dont sept groupes d’indigènes en régions autonomes (les comarca), est une vraie énigme. Le pouvoir de séduction du Canal a littéralement fait de l’ombre à tous les autres intérêts touristiques et culturels pendant des dizaines d’années. Quand on parle d’un voyage au Panama, on parle toujours du Canal de Panama et ses prouesses techniques, de la ciudad de Panama et éventuellement de la province de Panama où tout se centre sur le canal, et, éventuellement on se demande ce qui reste à découvrir dans ce pays de la forme d’un S couché.

Après presque huit heures de bus et de formalités, le bus nous dépose à David, ville située à l’extrême Ouest (Sud) du pays, le premier contact avec le Panama. Après la jungle épaisse au Costa Rica, ici la nature semble différente: climat plus sec, plus chaud, le soleil tape plus fort, et la végétation ressemble plus à celle d’une savane que d’une jungle. On dépense indifféremment en dollar américain ou en balboa (dont on ne voit que des pièces d’ailleurs), à un niveau plus impliqué qu’au Costa Rica où l’on dépense tout de même en colon en parallèle. Les gens parlent avec un accent complètement différent, quasi indéchiffrable. C’est avec une intonation chantante, tous les « s » ne sont pas prononcés, les « z » se prononcent « ss », le vocabulaire panameninos… le tout à une vitesse de lumière.

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La Ciudad de Panama, jeudi 27 février 2014

La matinée a été dédiée à l’excursion que beaucoup de voyageurs considèrent comme le but de leur voyage au Panama, le pays de l’isthme: le mirador de Miraflorès. Le centre des visiteurs du canal a été créé de toutes pièces pour que les visiteurs puissent profiter du passage des bateaux et apprendre l’histoire et le fonctionnement du canal. L’ambiance ultra touristique n’arrive pas à altérer l’émotion qui règne sur ces lieux quand on voit un de ces montres de mer avancer au pas de mules (c’est ainsi qu’on appelle les locomotives qui aident à la manœuvre) dans ces étroits passages qui montent en escaliers du Pacifique à l’Atlantique: 26 mètres de dénivelé sur trois jeux d’écluses.  Quoi qu’on ait entendu, lu et parlé, la vue plongeante sur l’écluse de Miraflorès dépasse l’imagination et laisse le visiteur ébahi devant une telle merveille. L’an dernier, les panaméens fêtaient les 500 ans de la découverte du pays par Vasco Nuñez de Balboa, cette année, c’est l’année du Centenaire du Canal de Panama. Les festivités sont prévues tout le long du mois d’août!

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On est allé se balader dans le Casco Viejo, qui va sûrement devenir un Cartagena des Indias panaméen dans pas longtemps. Le contraste est saisissant entre quelques demeures rénovées avec luxe et volupté et d’autres en ruine, entre les villas cossues aux portes fermées et d’autres occupées par des familles entières qui ne savent pas quand le toit, le mur ou les deux vont leur tomber dessus. Par ici un portail, l’autre côté les vieux balcons en fer forgé, au loin, la mer. C’est ainsi pour le reste de la ville de Panama : ici le richissime côtoie la pauvreté, les buildings dernier cri regarde les HLM des années soixante d’un côté et de l’autre de la baie, séparés par la Cinta Costera(front de mer), promenade ultra moderne avec tapis et salle de sports en plein air, courts de tennis et terrains de basket-ball, piste de jogging et vendeurs ambulants. On dégustera un délicieux ceviche de poissons ou de fruits de mer dans les troquets à côté du marché aux poissons parmi les brouhahas de la ville et les 4 x 4 derniers cris en regardant les bateaux des pêcheurs en face, dans la brise du soir au temps du soleil couchant. Les dîners plus chics seront plutôt sur Cause way, avec vues au choix soit le pont des Amériques illuminé, soit la file de bateau attendant leur passage au canal et quelques voiliers au mouillage, en ravitaillement ici avant de continuer leur tour du monde, la prolongation du voyage au Panama est pour destination la plus proche les îles Galapagos (Equateur).

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Parc national de Chagres et les indigènes Embera

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Ici on utilise le terme indigène plutôt qu’indien, et l’excursion, appelée souvent « chez les Embera », devrait être considérée comme une balade dans la jungle à moins d’une heure de la capitale et un passage chez les Embera. Quelques villages ont émigré dans les années 50 depuis leur comarca située à l’extrême est du pays pour se baser ici et vivre en autarcie jusqu’à ce que leur territoire soit déclaré parc national, leur privant alors de la chasse et de la pêche. Ils vivent désormais uniquement du tourisme. De pirogue à pirogue, les Embera nous baladent dans ce parc national accessible uniquement par voies d’eau. On a le droit à un accueil très sympathique, un déjeuner exotique et exquis, et l’occasion d’acheter des beaux objets artisanaux authentiques. Les hommes font des sculptures sur du bois ou sur les noyaux des fruits de la jungle, les femmes travaillent les fibres d’un type de palmier pour avoir un type de raffia, qu’elles teindront avec les couleurs obtenues d’autres produits de la jungle : la racine de curcuma pour l’orange, les grains de achiote pour le rouge, le marron d’un bois spécifique, et mis dans la boue de certains endroits de la rivière, on obtiendra le teint noir. Ainsi elles réalisent des paniers et des boîtes magnifiques qui demandent des jours et des mois de travail.

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El Carnaval !

Pendant cinq jours, tout le pays s’arrête, les bureaux se vident car c’est décrété férié pour l’ensemble du territoire. Et Dieu sait comment ça peut être important pour un panaméen d’attendre et d’assister à cet événement communautaire annuel. Dès que tu parles du carnaval, les yeux de tous les panaméens brillent, y compris ceux du policier de frontière qui est en train de scruter ligne par ligne ton passeport et ta déclaration d’entrée du pays au poste de frontière terrestre de Canoas. En plus, si tu leur parles du carnaval de la péninsule de Azuero, ils te forgent le respect pour ta sympathie par rapport à la culture panaméenne. C’est ici le berceau du folklore et de la tradition.

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Nous nous bataillons pour sortir de la Ciudad de Panama : la signalisation routière est faite pour ceux qui connaissent. Après une demi-heure d’errance dans les quartiers qui ne sont pas les plus chics de la ville, nous voilà sur le pont des Amériques. Il est vendredi matin, ça roule dans notre sens, des kilomètres de bouchons dans l’autre, ouf. Juan, notre guide de la veille, nous disait : « une fois sur le pont des Amériques, si vous suivez cette route, elle vous emmène à Alaska » ! Of course, nous sommes sur la Panaméricaine. Pour l’instant, on essaie d’aller à Chitré, au cœur de la péninsule d’Azuero, à quelques trois heures de route de la capitale en théorie, on en a mis à peu près six avec deux petites pauses. Justement, une de nos pauses était sur la plage de San Carlos. Le soleil commence à chauffer fort, les quelques cabanes de pêcheurs posent négligemment sur cette plage de sable fin du Pacifique. Un building en construction en contre-haut de la plage, pour l’instant désert, sauvage. Il n’y même pas un point d’eau sauf dans le parc, géré, selon l’écriture sur le mur, par les autorités de tourisme de Panama. On découvrira plus tard plusieurs plages magnifiques comme celle-ci sans aucune trace de touristes ni d’investissement. Maria, ma correspondante, me disait que contrairement au Costa Rica qui vit beaucoup du tourisme et où les structures sont très bien organisées, ici le secteur reste au balbutiement car ce n’est pas une ressource prioritaire pour l’état. Mais quel bonheur pour celui qui accepte un peu d’aventure, des fois un petit inconfort (quoiqu’au niveau hôtellerie nous soyons beaucoup mieux logés qu’au Costa Rica pour un coût moindre) : dès que tu sors de quelques secteurs de la ciudad de Panama, tu es seul ou presque parmi les panaméens dont l’accueil et la gentillesse font partie de leur nature.


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Cet après-midi, prêts pour attaquer le carnaval. Dans chaque village, il y a deux défilés chaque jour et durant quatre jours (cinq si l’on compte l’ouverture du vendredi soir et l’enterrement du Monsieur Carnaval le mercredi Cendre au petit matin). Nous sommes présents sur la place centrale de Chitré dès quatre heures dans l’après-midi mais on nous a dit que c’est trop tôt. Retour à l’hôtel pour une pause piscine. C’est une superbe propriété, la meilleure de la péninsule, qui n’est que partiellement ouverte (soft opening, disent-ils en anglais, une partie de l’hôtel est encore en travaux). C’était le seul hôtel qui avait encore de la disponibilité lorsque nous avions réservé cinq mois auparavant. On m’a dit que dans les trois millions et demi d’habitants au Panama, deux millions descendent ici pour fêter le carnaval dans la tradition ! Zéro touriste, ou presque ! L’authenticité même ! Tout ça me rappelle, il y a quelques années déjà, mes missions de jeune chercheuse en musicologie. A pied ou en auto-stop, enregistreur et appareil photo dans le sac à dos, j’écumais les villages vietnamiens à la recherche des mélodies en voie de disparition pour les enregistrer.

De jour en nuit, nous nous baladons de village en village : les plus connus sont Chitré et Las Tablas, mais d’autres aussi ont chacun leur charme : Ocu, Pedasi, Parita, La Villa Los Santos, Santiago… C’est quelque chose de fou et indescriptible, il faut le vivre pour le croire : Toute la population est en extase et les camions-citernes sont mobilisés pour arroser la foule, trop contente de se retrouver entre familles, amis, jeunes couples timides ou encore bandes de copains. Ils dansent, chantent, huent sous les torrents d’eau que déversent les lances. Les boissons sont livrées par palettes ou par citerne, les véhicules équipés de baffes des puissances quasi-inhumaines (il y a un nom que j’ai lu dans un guide mais je ne le retrouve pas) se déploient à quatre coins de la place principale. Puis les chars décorés, en surprise jusqu’au moment du défilé, passent avec les reines, celle de la rue haute et celle de la rue basse, suivis par les fanfares. Les chars et les reines sont plus spectaculaires les uns que les autres. On danse, on acclame, on se fait faire des photos, on se laisse vivre.

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On boit beaucoup aussi mais tous restent extrêmement courtois, gentils, heureux de partager ce moment de joie commune. Et comme les élections seront au mois de mai, on voit beaucoup d’affiches politiques. Il me semble que nous avons même vu sur scène un des candidats favoris aux présidentielles car on a vu sa photo partout, je n’ai pas pu demander la confirmation des voisins, tellement la musique était forte.

Justement, il n’y a quasiment peu de publicité sauf celle de la politique, quasiment PARTOUT. Nous sommes à trois mois des élections mais ils sont déjà sur les pieds d’œuvre jusqu’au dernier recoin tranquille de cette route de campagne entre Parita et Ocu on voit étendus drapeaux, affiches et affichettes avec la photo et les slogans de campagne des différents candidats, de différents partis pour des postes de députés, de maires et du futur président (ils les élisent tous à la fois et une fois tous les cinq ans). Au passage, on lit :  « Nous avons besoin de votre soutien », « « Je vis à Araijan », « La force du nouveau », « Changeons tout, pour tous », « Pour le bien que mérite ta famille », « Corruption, stop ! », « Ensemble, nous gagnons », « Vous avez d’autres alternatives, c’est nous » ou encore « Honnêteté, Travail, Humilité »…

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… A David, dans la province du Chiriqui, il n’y a pas grande chose à faire (du moins pour un touriste), nous avons passé la soirée dans un club de billard situé sur la place de Cervantès. Toute la beauté est ailleurs. On filera rapidement vers les hauteurs, à Boquete, où poussent caféiers et légumes, c’est ici que se passe la vie de la province. Sur le flanc du volcan Bazu, on voit la mer au loin, dans un climat parfait en cette fin d’été: il y a du vent, la température de jour est d’entre 15°C et 25°C. C’est ici qu’élisent domiciles les retraités de l’Amérique du Nord, rapidement rejoints pas leurs paires européens. Mais nous gardons le meilleur en secret, à découvrir dans votre prochain voyage à la carte au Panama avec NostaLatina…, une vraie pépite.

Ylinh, de la Ciudad de Panama

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