La symphonie de l’eau

Paraguay signifie en guarani « L’eau qui vient de la mer », Itaipu : « la pierre qui sonne », Iguassu : « Grands eaux », Parana : « (grand) comme la mer… ». Le Guarani est la langue officielle du Paraguay parallèlement au castillano. Le voyage au Paraguay est peut-être la dernière pièce qui m’a aidé à achever le puzzle de l’Amérique du Sud. On peut faire des voyages de 4 à 20 jours dans ce petit pays tapi entre le Brésil, l’Argentine et la Bolivie.

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Avec une superficie de deux tiers de la France et six millions d’habitants, sans accès à la mer et sans les Andes, le Paraguay sort complètement de l’image d’un pays d’Amérique du Sud. Toutefois, il y a quelques dénominations communes : les villes coloniales, la foi catholique, la conquête espagnole. Le pays cache aussi les particularités qui étonneront les voyageurs les plus blasés : la tradition guarani et le mélange de cultures avec les descendants des premiers européens depuis des siècles, la vieille pierre avec les missions franciscaines et jésuites, les fleuves et les rivières par centaines et le renouvellement de l’histoire, cette fois récente, d’une immigration européenne qu’on peut qualifier presque de massive ! Il y a des villages entiers d’Allemands, d’Italiens, de Croates… auxquels s’ajoutent les japonais, les arabes, le tout cohabitent parfaitement dans une société de métissage. La cerise sur le gâteau : très peu de touristes pour l’instant.

Asunción, la mère des villes, est la première à être établie à l’intérieur des terres par les espagnols venant de la Rio Plata (Buenos Aires). Charmante ville lovée dans les énormes bras du Rio Paraguay, elle garde encore beaucoup de vestiges coloniaux.

En descendant vers le sud, en Paraguay Oriental, nous suivons la route des missions. Quatre heures de route nous permettent de rejoindre Trinidad, Yaguaron ou encore la Mision Jesuitica Guarani Jesus de Tavarangue. Puis d’autres endroits qui suscitent beaucoup de curiosités : Bella Vista à la province d’Itapua est la capitale du Yerba maté, boisson nationale (c’est peu dit) paraguayenne. J’ai beaucoup aimé l’hôtel Papillon à Bella Vista qui se compose de bungalows sur deux niveaux autour d’un jardin avec des chambres impeccables et rien de trop. On découvre au Paraguay le Hongkong d’Amérique du Sud : la Ciudad del Este avec son ambiance fiévreuse d’un port franc. Si l’on remonte un peu au nord sur le Rio Paraguay, on arrivera à Concepcion, ville coloniale et porte d’accès au Pantanal Paraguayen avec son hôtel tout neuf, le Concepcion palace hôtel.

63c38fc05ad4249a4910bf0c6e4650420d269b20_gt_1Nous partons à destination de Filadelfia, en direction de El Chaco, au nord est de la capitale Asunción par la route numéro 9, celle qui va en Bolivie. Toute la journée de route se passe dans un décor complètement plat parsemé d’estancias et de leurs habitants visibles : les vaches : Cinq cent kilomètres de route toute droite.

La ville de Filadelfia se trouve au milieu entre Asunción (Nuestra Senora de la Asunción est son nom complet) et la frontière bolivienne. C’est l’enclave des Mennonites Paraguayens, installés ici depuis le début du 20e siècle. Venus de la Russie (Ukraine), du Canada en plein été, le mois de Décembre avec un climat parfait, ils ont finalement découvert un El Chaco beaucoup plus hostile, surtout son climat très sec voire désertique. Ils ont tout bâti de leur main et fières du résultat à ce jour. Le principal point fort des communautés mennonites d’El Chaco est sa richesse : ses productions dont l’élevage (la plus petite estancia fait 500 hectares, la plus grande ferait la taille de la Belgique…) et ses industries (usine d’abattage et production laitière ultra-moderne). J’ai fait une étonnant découverte d’une société à part avec ses conseils d’administration, son organisation sociale sous forme d’une coopérative, ses écoles où un dialecte de l’Allemand est enseigné, sa sécurité sociale…, bref, un état dans l’état !

Estancia est le nom pour désigner les maisons de fermiers en El Chaco (la pampa paraguayenne), dont la propriété terrienne peut atteindre quelques 500 ou mil hectares. On y pratique de l’élevage bovin et ovin, les activités sont la traite des vaches, le marquage de bêtes, ou encore l’équitation. On peut avoir des nuits en estancia qui démarre à partir de 60 €/personne/nuit en pension complète. Sur le côté oriental (à droite des rives du Parana), c’est plutôt les plantations. C’est là où se concentre les 97% de la population, où l’on peut aussi visiter des missions jésuites et les chutes Iguazu.

Si l’on a le temps, la découverte de la région de Laguna peut être une option intéressante: de Ascuncion à Filadelfia, estancia, puis Laguna (lac, lagunes, oiseaux…), retour à Ascuncion.

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Sans accès à la mer, le Paraguay s’enorgueillit de ses fleuves : le Rio Paraguay qui fait la frontière naturelle et administrative des deux parties du pays, aux climats complètement différents : l’Oriental et El Chaco, occidental. Il fait aussi office de voie de communication avec la mer : les barges chargées de marchandises sillonne jour et nuit : les produits agricoles exportés du Paraguay de l’aval et ceux importés pour la consommation locale.

Parallèlement à l’Est, on trouve le fleuve Parana dont le nom est attaché à deux légendes : celle du barrage d’Itaipu (longtemps le plus grand barrage hydraulique du monde) et les chutes d’Iguaçu (à quelques kilomètre de l’embouchure entre le fleuve d’Iguaçu et de Parana. Les deux fleuves Paraguay et Parana se rencontreront quelques encablures plus bas à la province de Corrientes en Argentine, un des meilleurs endroits du monde pour la pêche sportive et formera ainsi le Rio Plata qui donne sur l’Atlantique. Au Paraguay la quantité de réserve d’eau douce par habitant est la plus grande du monde. Ici on ne sait pas ce que c’est (encore) l’économie d’eau.

25 mai 2011

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