Le poème inachevé

RAPPORT DE MISSION AVRIL 2014

1008662-BakouVoici le récit du dernier voyage en Azerbaïdjan en Avril 2014 de notre chef de produit. Un voyage expresse dans un des trois pays du Caucase qui se concentre sur Bakou et sa région avec une excursion à Sheki, sur la route pour la frontière de la Géorgie.

L’avion est parti avec une demi-heure de retard, nous enlevant ainsi le coucher de soleil sur la mer Caspienne tant attendu à notre atterrissage prévu à 19h30. Moi qui avais voulu la traverser en ferry depuis Turkmenbachy (Turkménistan), quelle déception!

bakou-azerbaidjan-411326-jpg_273587Bakou, cette ville lointaine est la capitale de cette république du Caucase qui proclame haut et fort sa souveraineté et son identité nationale. Entre gratte-ciels en construction et musée d’Arts Modernes, entre Centre de Congrès au design de dernier cri et espaces verts ultra soignés, entre flotte de voitures haut de gamme et boutiques de luxe… le centre de Bakou est en train de muer corps et âme. Magiquement illuminée la nuit, superbement entourée de parcs, de jardins, toute la vieille ville fortifiée, marquée à l’entrée par la Tour de la Vierge, emblème de la ville, est complètement rénovée. Pour le reste de la ville, de la mer Caspienne des immeubles clinquants d’un style mélangeant le classique européen et l’architecture monumentale soviétique, Bakou a de quoi surprendre.

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Quittant le village olympique, nous partons pour la presqu’île d’Apchéron. Après la sortie d’autoroute, sur une trentaine de kilomètres, le paysage change radicalement, les villages, les hommes, le paysage et les voitures aussi : Jigouli et Lada (Ferrari Lada selon Ali, mon chauffeur, que l’anglais équivaut à mon russe), voire Volga prennent un peu place sur les files des bagnoles ruisselantes aux vitres teintés (effectivement, le soleil brûle les yeux, surtout en ce milieu d’après midi de printemps). Ici, point d’immeubles clinquants ni de boutiques de haute couture, on revient aux temps des soviets : petites échoppes et stations de bus avec la queue, immeubles d’habitations HLM et kiosques qui vendent de tout. Les gens ont l’air moins stressés, bien dans leur environnement que se compose des maisons basses, des bus, des trains… une vie quotidienne de la majorité des azéris, quoi.

La Mercedes d’Ali s’engouffre dans une enceinte fortifiée complètement refaite qui s’ouvre sur une grande place agrémentée de quelques oliviers et cyprès. D’un côté, de belles constructions en colonnade laissent deviner des restaurants et des boutiques de luxe, le tout reste vide pour l’instant, et de l’autre, l’entrée du temple, attribué aux zoroastriens. Un oasis dans cette presqu’île.

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 Après avoir acquitté des droits d’entrée et des droits de prendre les photos, sans reçu, je suis entrée dans le temple sans trop savoir ce qu’il m’attend. Il y a vraiment très peu de guide et de documentation sur les sites touristiques du pays. Deux dames, dont une qui m’a vendu les tickets (enfin, a encaissé mon paiement plutôt), me suivaient discrètement. Mais comme il n’y a personne sur le site, ça se voit de suite qu’elles me suivent. Le temple, attribué aux zoroastriens se situe sur un site battu par le vent. Justement ce vent qui maintient les flammes éternelles venu directement de la terre, cette terre si riche en hydrocarbure que le gaz s’échappe à certains endroits nourrissant ce que les anciens attribuaient aux adorateurs du feu. On n’apprend pas grande chose avec les mannequins décrivant les scènes de culte mais c’est surtout l’ambiance de la visite reste très particulière : le soleil éclatant, le site aride (deux seuls oliviers centenaires à l’extérieur du temple comme seule végétation), les gardiennes silencieuses en manteaux d’hiver des modèles soviétiques qui vont et viennent sans qu’on sache pourquoi, et ces flammes qui battent avec le vent et dont les bruits sont amplifiés au possible dans l’enceinte du temple.

Retour à Bakou, balade dans Icheri Shehe, la vielle ville fortifiée de Bakou avec ses ruelles étroites, son ancien caravanserai, ses mosquées, ses palais et ses tours. Justement, l’entrée d’Icheri Shehe est marquée par la tour de la vierge (XIIè s.), symbole de Bakou et vestige d’une légende émouvante que les guides ne manqueront pas à vous le raconter. La visite du palais de Shirvan shahs et de son musée donne une image plus complète de la culture et l’histoire d’Azerbaïdjan, mais je préfère les petites merveilles du musée des livres en miniature, un musée privé, rencontré par hasard dans la balade.

Ce soir, dîner tardif dans un restaurant en plein centre de Bakou. Nous descendons dans les sous-sols voûtés du restaurant. Un décor de Mille et une nuit, y compris la table : les couverts scintillent, les plats, en pratique des amuse-gueules typiquement azéris, par dizaine : légumes saumurés, fromages, salades, herbes aromatiques, kebab de légumes du soleil, aubergine et tomate verte farcies, plusieurs sortes de pain. Puis arrive la soupe, différente selon le restaurant et le repas, avant que les plats principaux se suivent. Ce soir, c’est le dolma, feuilles de vignes farcies au mouton, un délice, accompagné par un plat de bœuf sauté aux pommes de terre, tendre et délicieux. Le lendemain à midi, au Art garden, ce sera le poulet au confit d’oignon et coing. Au Karavalserail, ce sera le kebab (d’une tendresse extraordinaire) et plov à l’azerbaïdjanaise, c’est-à-dire une viande mijotée aux abricots et aux marrons, et une autre viande mijotée aux légumes verts légèrement saumurés, servi à part du riz blanc, un délice. Ou encore un autre soir, c’est la variation sur le thème du poulet : poulet farci servi froid, poulet frit aux frites (pas très azerbaïdjanais, tout ça), et plov au poulet… Pour le dessert, ce n’est pas un fort : thé et confiture de mirabelles. Si l’on est sage, c’est le pakhlava, gâteau aux grains et au miel qui accompagnera le thé. Le tout est arrosé d’un vin que la qualité n’a rien à envier à ses homologues français.

Il nous est arrivé à goûter au bortsch russe dans sa version originale, une soupe de viande aux choux saumurés (sorte de choucroute) avec pomme de terre à laquelle on ajoute une grande cuillère de crème fraîche ou d’yaourt, ou à une solianka, soupe de viande et de concombre saumuré façon cornichon et du riz. Les crêpes sont excellentes, le caviar aussi. Les traditions se mélangent laissant perplexe le voyageur au long cours quant à la définition de goûts, de couleurs, de saveurs et l’empreinte des cultures diverses. Ce n’est pas pour rien qu’on qualifie l’Azerbaïdjan « carrefour des civilisations ». D’ailleurs, à propos du caviar, très rare et cher maintenant, notre guide m’a dit qu’à l’époque soviétique, une cuillère de caviar par enfant par matin a été obligatoire dans les écoles maternelles pour lutter contre la malnutrition. Tout comme ces champs d’extraction de pétrole en pleine ville où l’on voit des milliers de pompes qui continuent à s’activer pour extraire le précieux liquide par une procédure plus qu’archaïque. On peut presque imaginer si l’on prenait une louche et si l’on trempe bien dans la terre, on peut avoir une louche de pétrole brut. Notre guide nous explique que le pétrole azéri est un pétrole vert, la meilleure qualité qu’on puisse avoir par rapport aux autres ressources.

shakmakhi cityEn route ce matin, départ pour les montagnes du Caucase au nord-ouest du pays. Arrêt à Shamakhi et visite de la superbe Mosquée Juma, dont l’année d’achèvement de la dernière version est marquée 2013. Notre guide nous explique que la Mosquée a été refaite la première fois à l’ère soviétique, et l’architecte était un Juif. Comme quoi, et on a vu tout au long du voyage, la religion et la tolérance cohabitent naturellement en ces terres azéries. Au gré de la route, on s’arrête un moment au village de Kish pour voir son ancienne église (Ier s.) avec toile de fond les sommets du Caucase. Nous arrivons enfin à Sheki, ancienne ville charmante sur cette route de la soie et d’Alexandre Dumas si l’on veut, dernière grande ville azérie avant de traverser la frontière en direction de Tbilissi, la capitale de la Géorgie. Il faut se perdre dans les dédales des rues de Sheki pour découvrir par ici un caravansérail, par là un ancien palais, ou par ci une église arménienne blottis sous un pommier en fleurs. On n’oubliera pas d’arrêter au bord du canal, c’est là où il y a les meilleures échoppes de la ville de pakhlava, cette pâtisserie ultra sucrée qui sent bon le miel, les épices, le gingembre et mille autres saveurs d’antan.

L’Azerbaïdjan n’a pas un trésor touristique ostentatoire, c’est plutôt une suggestion de voyage pendant lequel on apprend à lire ce livre entrouvert. Il faut faire un recul pour s’imprégner de son âme, extraire ses secrets et comprendre ce peuple et son fonctionnement, essayer de trouver les derniers vers d’un poème qu’on a l’impression d’être inachevé. Mais je n’ai pas eu assez de temps…

Un voyage en pays du Caucase serait complet avec le trio Azerbaïdjan – Géorgie – Arménie, tel qu’Alexandre Dumas a fait à son époque, mais maintenant, on le fera en trois semaines !

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