Voyage au Japon : Nov 2011

Huit mois après le tremblement de terre qui fait connaître le Japon sous un autre angle aux yeux des européens, je suis revenue dans ce pays. C’est le seul parmi tous ceux que j’ai déjà visité qui me donne envie de revenir chaque année. Ses secrets à découvrir sont inépuisables, les plaisirs qu’éprouve un voyageur au Japon, on ne trouve nulle part ailleurs. Il me faut mon séjour japonais, annuel si possible, ce pays me manque.

Que me manque-t-il le plus ?

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Les Japonais, c’est tout l’un ou tout l’autre : au 20e voyage peut-être, c’est toujours le même étonnement devant ce terrible contraste entre ville hideuse et coins de paradis au sein de la même ville ; entre la bouffe ultra-rapide autour des gares ferroviaires et l’expression exquise des tables fines ; entre la conformité de la société et envie d’expression des jeunes : on m’a expliqué la raison de l’extravagance des jeunes filles d’Harajuku : c’est une parenthèse de jeunesse et de liberté du moment situé entre l’uniforme d’école et l’uniforme de costume-cravate et de tailleur-chemisier blanc des bureaux. On constate tout au long du voyage ce contraste entre l’envie de garder une culture ancestrale et la volonté d’ouverture aux dernières techniques de pointe. C’est toujours le même étonnement devant une société extrêmement codée et réglementée à en oublier la personnalité de chacun ; l’essentiel est que le résultat toujours garanti et le succès indiscutable. Une fiabilité suisse en Asie, la finesse en plus. Bien(re)venue au Japon, ma destination préférée !

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Ce matin du début de l’hiver est bien ensoleillé. Je suis partie me promener dans le quartier chinois d’Yokohama, qui est, semble-t-il, le deuxième plus grand du monde après celui de San Francisco. Il faisait bien frais. Il y a de longues queues devant les kiosques qui vendent des brioches avec un public très divers : écoliers, touristes, employés de bureaux. Tous font la queue sagement devant ces énormes paniers à vapeur d’où les vendeurs en uniforme s’affairent sans relâche. Chaque boutique exhibe les dix, les vingt ou plus de sorte de brioches et de leur garniture par des énormes posters qui envahissent les trottoirs. Au fil des pas, des vendeurs de châtaignes grillées font goûter à chaque piéton les échantillons des meilleures crus venues de tout le Japon, les unes plus chers que les autres. Exquises au goût inimitable, je n’ai jamais mangé de si bonnes châtaignes.

Mes pas quittent peu à peu le territoire du quartier chinois, j’ai décidé de rentrer par la route longeant le port. Arrivant au coin d’une rue, un drôle de spectacle m’attend. La rue débouche sur une grande place, enfin, plutôt une petite avec un très large trottoir. Au fond, on voit une grande maison style maison de maître européenne, à gauche, une fontaine. Un énorme ginkgo aux feuilles dorées trône sur la scène. Et quelle scène : une centaine d’artiste peintres, la plupart en herbe et d’un certain âge s’installe sur la place et peigne. Tout semble être en extase devant cette expression si gracieuse mais tellement dosée dans une ville ultra industrialisée.

Des scènes comme celle-ci, je peux en rapporter des dizaines, que je ne vois nulle part ailleurs, sinon au Japon.

Ce qui me manque le plus semble être le onsen, ce bain thermal quasi-sacré qu’on ne peut trouver qu’au Japon. La tradition des bains thermaux existe aussi en Corée et à Taïwan ou dans quelques pays volcaniques dans le monde, mais ici au Japon cela revêt un caractère spécial. C’est d’abord esthétique : ces bassins d’eau de source si joliment posés à l’extérieure dans une décoration exquise, on ne peut les trouver qu’au Japon. Sans parler d’une ambiance particulière lorsqu’on voit ces japonais qui font un pèlerinage de onsen à chaque arrivée de printemps ou d’automne à travers leur pays à la recherche d’un moment furtif où la nature change radicalement. On ne va pas au bain pour se laver, on y va presque spirituellement. Je reste toujours ébahie devant cette envie de tous japonais de se fondre dans la nature. Afin de mieux appréhender sa force ?

DSC04044Cette force là, on le sent en baladant sur les flancs du Mont Aso, sur l’île de Kyushu, un des volcans les plus actifs au Japon. De ses entrailles, souffres et laves n’attendent qu’une chose : sortir par le cratère. Les Japonais le visitent, prennent la chaleur de ses sources pour en faire des plus beaux onsen de l’archipel. On se purifie lentement avant chaque entrée dans le bain brûlant qui vous débarrasse de tous soucis terrestres. Puis on se refroidit en changeant de bain, ou sortir à l’extérieur pour se mettre à nouveau dans cette eau bénie de la force de la nature. Le paysage magnifique se déroule devant les baigneurs silencieux, tel un complice à la méditation.

Ces bains-là, on ne peut trouver que pendant un voyage au Japon, nulle part ailleurs sur terre !

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Novembre, c’est la saison des feuilles d’automne. Des ginkgos jaunes d’or et des érables japonais, momichi, à feuilles minuscules de couleur rouge vive se rivalisent de beauté à côté des cèdres en montagne. Mais le Japonais sait en faire quelque chose : sous les courbes gracieuses des temples, ces couleurs deviennent magiques, tout comme les pluies de pétales de fleurs de cerisiers au printemps. Ils ont créé un art des jardins, ainsi tous les temples se parent de leurs plus beaux habits deux fois dans l’année. Il fait déjà bien frais, le ciel est d’une couleur bleue magnifique, le soleil d’hiver brille et tout le monde a l’œil rivé au ciel pour capter la moindre silhouette gracieuse d’une branche chargée de feuilles rousses écarlates, la beauté elle-même. Ces moments éphémères mettent tous les Japonais en émoi, la seule chose à faire absolument est d’aller dans les plus beaux temples, les plus beaux jardins pour profiter ensemble de ce moment magique.

Ces moments-là, on ne peut le vivre que pendant un voyage au Japon.

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Il est cinq heures dans l’après-midi, il commence à faire noir. Je balade dans le quartier de Pontocho de Kyoto entre rues commerçantes hyper-bondées et arrières rues d’un autre ère où l’on peut croiser de temps à autre deux maiko (apprenties geisha, ces dames de légende sur lesquelles on se fantasme tant) superbement parées de leurs magnifiques kimonos de soie. Les maisons à l’ancienne d’une beauté exceptionnelle se posent de part et d’autre d’un canal d’eau vive, taquinée par les silhouettes des branches couvertes de feuilles rougeoyantes ou de saules pleureurs. Ce que j’aime le plus, c’est la balade sans but et sans plan dans les temples perdues dans les ruelles de Kyoto où l’on a l’impression vraiment d’être dans un autre monde, de temps en temps pousser la porte d’un temple, entre dans leur enceinte pour y contempler des jardins magnifiques, le jarre d’eau pure posé négligemment à côté d’une haie en bambou… Il y en a peut être une centaine de petits temples, dont beaucoup sans noms, les uns différents des autres, le tout caché derrière les barres de buildings truffés de climatiseurs aux fils électriques apparents (mais non, on n’est pas au Viêt-nam ou au Cambodge, ce n’est pas de l’anarchie. Ici on est obligé de laisser les fils en apparence, à cause des tremblements de terre). Puis, traversant la rue extrêmement animée par la circulation, on retombe dans une dédale où la présence des maisons de thé se laisse deviner par une lampe de papier de riz ou celle des restaurants par son mini-rideau en tissus. La balade est sans fin.

Ce plaisir là, on ne peut vivre que pendant un voyage au Japon.

Ce soir, à l’arrivée de notre bain onsen, nous nous installons dans notre chambre à la japonaise avec vue sur le lac Ashi, la silhouette du Mont Fuji n’est jamais loin. La torii (porte d’entrée d’un sanctuaire shintoïste) éclairée semble flotter. La plus grande surprise nous attend : deux vieilles dames habillées en kimono nous servent un kaiseiki (table d’hôtes comprenant une quarantaine de mini-plats) d’une finesse exquise dans notre chambre. Moment inoubliable ! Où peut-on avoir un tel bonheur ? Pendant un voyage au Japon.

Voici quelques informations pratiques pour les voyages au Japon, pour le circuit classique :

Pour Tokyo, si l’on a qu’une seule journée, on peut dans l’ordre : Jardin impérial, temple d’Asakusa, bateau sur la Sumida pour voir la baie de Tokyo et le quartier d’Odaiba, jardin Hamarikyu, le tour du marché du poisson Tsukiji, la tour de Tokyo, et finir par Shibuya et Harajuku, le quartier de mode de la jeunesse tokyoïte.

Pour la région du mont Fuji, il y a deux centres où se concentre l’hébergement : vers Moto-Hakone et Hakonemachi au bord du lac Ashi, et sur le lac Kawaguchi. Des deux lacs, vues magnifiques sur le sommet enneigé de Fujisan, le Mont Fuji, symbole du Japon.

Les ryokan sont chers car le coût dépend de la qualité du repas de kaiseiki (table d’hôtes comprenant une quarantaine de mini-plats) d’une finesse exquise. Les hôtels et les ryokan de la région du Mont Fuji ont tous des bains onsen intérieurs. Mais si l’on veut, et si l’on a du temps, on peut aller à un bain public à Hakone-Yumoto.

P1020110Sur la région du Mont Fuji, on perd beaucoup de temps dans le transport pour aller d’un point à l’autre, surtout à l’arrivée à la gare pour rejoindre son hôtel. A l’arrivée à la gare de Odawara (Shinkansen et tous les autres trains), si l’on n’est pas chargé, ce serait bien d’acheter le pass Odakyu à la gare, puis prendre le petit train, changer, prendre le funiculaire à Gora, puis le téléphérique à Sounzan jusqu’à Tokendai. De là, bateau pour Moto-Hakone. Effectivement, le pass permet de refaire encore une fois ou autant d’autres fois, mais même pour ce simple transfert, c’est déjà le plaisir des yeux. Dans l’autre sens, bus direct (compris aussi dans le pass) peut mettre jusqu’à deux heures à cause de la circulation pour aller à Moto-Hakone, à choisir si l’on est chargé.

Pour Kyoto, si l’on est un peu sportif, la location de vélo s’avère très utile et intéressante pour les visites (coût env. 1000 JPY – 10 € par jour). Les rues sont droites, les pistes cyclables bien présentes, et la ville, sauf les quartiers Nord et Nord-Est, est très plate. On a trouvé cela superbe, pour deux jours, on a pu faire un grand tour des sites les plus visitées : Arashiyama (le plus loin), Gingakuji (temple d’or ou le pavillon d’or), Ryoanji (le jardin des roches), Kiyomizudera (sur le flanc d’une montagne et c’est compliqué de garer son vélo, si, si…), Sansungendo le hall qui abritent les mille statues de Bouddha, le passage des Philosophes, Yasaka shrine, Todaiji, Heian shrine. Puis bien sur Pontocho, Gion, Nishi Hongganji…

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