Pays de plus de 7000 îles

 Mais que peut on voir lors de son voyage aux Philippines ? Cet archipel de 7104 îles semble n’offrir que les plages de sable blanc et les spots de plongée. Pas que ça, heureusement, car il y a surtout des Philippins. Mais que connaît-on des Philippins? Rien, ou pas grande chose !

Il faut aller à Manilla, balader dans les marchés de Cebu, prendre le ferry pour aller à Bohol, écouter les gens, avec leur guitare, chanter des tubes pleins de joie pour enfin comprendre ce que c’est ce peuple le plus latin de toute l’Asie. Il ne se ressemble à personne… car les Philippins, d’après une de mes collègues de Manille, ont un esprit occidental, un cœur espagnol et une âme asiatique ! Qui peut dire mieux pour avoir les meilleures sensations de repos et d’éclatement pendant ses vacances ?

Mon premier voyage aux Philippines a eu lieu en février 2001, quelques semaines avant cet événement tragique qui a basculé le tourisme philippin dans une traversée dans le désert qui durera plus de 10 ans, du moins pour les voyageurs français, car les autres pays de la région continuaient à fréquenter l’archipel peu de temps après l’incident.

40-4 Pour fêter le retour de la compagnie aérienne nationale, Philippines Airlines, en Europe (et bientôt de Paris), et le retour des demandes de voyage dans cet archipel magique, voici mon rapport, après tant d’années.

RAPPORT DE MISSION PHILIPPINES : Février 2001

07-6Je me suis levée tôt, comme d’habitude. J’ai mis un CD de Carpenter pour mon petit déjeuner (j’ai appris l’anglais en l’écoutant, tout comme j’écoutais Jacques Brel et Isabelle Mayereau pour mes cours de français). Dehors, il pleut. C’est réellement l’automne, déjà. La vigne tremble sous la pluie, et les feuilles tombent de plus en plus vite. Ce sont les seules dans mon jardin qui tombent à chaque automne, pour le reste, j’ai pris le soin de choisir des arbres qui gardent leurs feuilles pendant l’hiver, comme des bambous ou des cyprès. Carpenter me rappelle mon voyage aux Philippines, car l’un des CD a été acheté à Manille.

Après un long vol sur Air France (16 heures je crois) qui desservait les Philippines en vol direct, nous sommes enfin arrivés à Manille, au crépuscule…

Après un long vol sur Air France (16 heures je crois) qui desservait les Philippines en vol direct, nous sommes enfin arrivés à Manille, au crépuscule. La grosse boule de feu était en train de se coucher sur la baie de Manille. Dans le tintamarre des klaxons des jeepneys (le taxi collectif local) et de moteur pétaradant, nous rejoignons notre hôtel Manilla, avec vue sur la baie, assombrie au fur et à mesure avec la disparition du soleil. Nous sommes invités pour le dîner à la résidence de Miss Henderson, la charmante patronne de notre correspondant sur place. Nous nous entendons très bien, elle est une personnalité rigolote et vive. Son chauffeur est venu nous chercher à 8h. Habillés, mi-ensommeillés, nous voilà sur la route de nouveau. La villa se situe dans le quartier résidentiel à la périphérie de Manille, dans le sud. Une grande maison coloniale, éclairée aux bougies, les senteurs des fleurs du jardin atteignent leur apogée : nénuphars, frangipaniers et lotus se disputent le favori. Ventilateurs des années 20 au plafond, bar se dressant à côté de la piscine sous forme de guitare… Nous nous croyions à Beverley Hills.

Deux domestiques nous servaient pour le dîner (nous étions quatre), sur une table superbement dressée, rehaussée par les couverts en nacre. Une musique de Carpenter flottait discrètement dans l’atmosphère. C’était une de mes préférées de la musique Country…

De retour à l’hôtel, la chambre du Manilla Hotel perdait alors quasiment tout le charme que nous avons bien apprécié à l’arrivée ! Effectivement, on peut toujours faire mieux. Elle l’avait ressenti, Mrs. Henderson, elle nous a dit que la prochaine fois on viendra se loger à la maison… Cette fois-ci, il a bien fallu tester les services légendaires de l’hôtel Manilla ! Mais la nuit fut courte.

photo1Les quatre jours suivants, nous avons fait le voyage le plus éprouvant qu’on ait fait, pour aller dans les montagnes du Nord. Nous prenons notre quartier général à l’hôtel Banaue, seul hôtel « potable » dans la région, qui reste simpliste. Le soir de l’arrivée, nous sommes descendus au centre du village, où se trouvent un petit marché et une station de jeepneys pour y prendre notre dîner, dans un restaurant local, un boui-boui plutôt, à peine propre, mais avec une terrasse surplombant la vallée.

Nous sommes chez les Ifugaos. La grande spécialité de la province est la vie des ethnies minoritaires et les rizières en terrasses, agencées dans les montagnes, les plus belles du monde (classées Héritage Mondiale par l’Unesco, s’il vous plaît). Le lendemain matin, réveil tôt, comme d’habitude, dans la brume. On apercevait à peine les ombres des arbres dans le jardin de l’hôtel. Le guide était déjà là, il a affrété un jeepney pour aller dans la montagne pour la journée (on doit se réserver le moteur de notre minibus pour le retour à Manille). En route ! Sur le view point (belvédère en français, n’est ce pas ?), ce que nous avons vu est splendide : les premiers rayons de soleil se battaient avec la brume, dégageant ainsi progressivement le paysage. Des montagnes avec les rizières en terrasse à perte de vue, sous des angles inattendus et magnifiques. Le paysage nous laisse bouche bée, tellement il est grandiose. En retenant son souffle, on ressent à la fois la frustration et la crainte de ne pouvoir immortaliser sur la pellicule tout ce que l’on voit.

images2Puis nous reprenons le chemin pour aller plus loin dans la montagne. On avance sur une route complètement défoncée, bordée de profonds ravins plus de 10 cm de boue sur la chaussée ! On avance à 3km à l’heure, les mains solidement accrochées aux barres de fer en haut du jeepney. Fou rire garanti ! Et nous voilà arrivés au village bucolique de Banga-an : une poignée de maisons sur pilotis accroupies au milieu d’une vallée, auxquelles on accède uniquement à pied, en suivant les bords des rizières, en terrasses, cela va de soi…

De retour sur Manille, nous avons pris un vol pour descendre dans les Vissayas, le centre des îles philippines (l’archipel a plus de 7000 îles en tout, tout de même). Longeant les côtes de l’île de Cebu, nous arrivons au nord. Nous embarquons sur l’un des bateaux à balanciers (comme des bugis en Indonésie), qui doivent être sans doute cousins ou ancêtres de nos catamarans. Elles se débrouillent bien là dessus, ces familles de pêcheurs. Ceux des pirates renommés de la mer de Sulu aussi (la blague n’était pas de si mauvais goût quand je l’ai sortie au moment de notre installation). Nous avons un nouveau guide, Carlos, qui habite Cebu. Bronzé, costaud, avec ses lunettes à monture noire rectangulaire. Nous allons découvrir l’île de Malapascua, la grande nouveauté de l’année, en compagnie de Carlos.

images1L’Ile de Malapascua est petite, de forme allongée (2 km de longueur, peut être). Un village de pêcheurs, trois petits hôtels en bungalow, simples, sable cristallin, quelques huttes en paille et en bambou sur la plage, une eau de couleur émeraude, cette couleur typique à la mer de Chine. Et une cinquantaine d’âmes de touristes à la plus haute saison. Bref, au calme. Nous avons passé deux jours paisibles dans les hamacs devant notre bungalow, en restant silencieux, en méditant, avant d’embarquer à nouveau sur notre bateau à balanciers pour revenir vers d’autres îles plus civilisées…

Nous voilà revenus de l’île de Malapascua et embarqués de nouveau sur un ferry catamaran, le plus moderne des Philippines, pour aller de l’île de Cebu à l’île de Bohol. Impressionnant, car il file à toute vitesse ! Il faut mettre des gilets de sauvetage et des ceintures de sécurité comme dans l’avion !

Ce matin là, je me suis levée avec le soleil, peut être un peu avant, et ai découvert un cadre bucolique (on est arrivé la veille tard dans la soirée). Traversant le grand jardin couvert de lianes et de cocotiers je me suis dirigée vers la plage. L’horizon commençait à s’éclairer d’une lueur frêle, rosâtre, reflétée par la mer encore grise dans la brume matinale. Une brise légère flirtait avec les cils et les cheveux par de légers mouvements à peine « perceptibles ». Je marche, comme une somnambule, pieds nus, sur le sable frais, avec des douces vagues taquinant timidement la plage. Quelques étoiles de mer se font remarquer de temps à autre sous l’eau. Les quelques petits bateaux de pêcheurs se dessinent comme des ombres, encore, avec leurs petites lumières. Puis on commence à apercevoir la solide haie de cocotiers bordant la plage et d’énormes espaces couverts de bougainvilliers. Un petit chemin bordé de fontaines nous emmène à la salle où nous devons prendre notre petit déjeuner. La brise est partie, le moment magique aussi, le soleil arrive de toutes ses forces sur cette mer, à quelques encablures des tropiques…

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Depuis l’arrivée à Bohol, Carlos est secondé par Mélissa, une guide locale. Nous partons alors à la découverte de l’île. Après avoir visité cet étrange phénomène géologique que sont les collines de chocolat et de quelques vestiges des missions espagnoles subsistant depuis le départ au siècle dernier des colons hispaniques, nous frayant un chemin au milieu des bambous géants de la forêt de Bohol, nous arrivons à l’embarcadère d’où doit partir notre croisière. Nous sommes quatre, nous deux, les deux guides, avec l’équipage. C’est une espèce de radeau avec des toits, comme je l’avais sans doute imaginé quand je lisais « Sans famille » d’Hector Malo, en version simplifiée. Un guitariste nous a rejoints sur l’embarcation, et le radeau quitte son emplacement. Peaceful, paisible, forêt vierge, villages et maisons cachées sous les arbres bordent le cours d’eau. Et voilà que nos deux guides se mettent à chanter, avec la batelière et le guitariste, des chansons de Carpenter. Au bout de la troisième chanson, comme je connaissais toutes les mélodies, ils m’ont sorti un cahier où les paroles étaient recopiées à la main, exactement comme quand j’étais petite. Et là, on se met à chanter tous ensemble, en polyphonie, en harmonie, les sons ont l’air de vouloir taquiner les rayons de soleil, filtrés par un épais rideau de feuilles et reflétés par l’eau sur notre bateau en une lumière furtive. Nous étions seuls au milieu de ces cours d’eau, en pleine forêt vierge, c’était vraiment extraordinaire… Et voilà pourquoi le souvenir de ce voyage m’est revenu, tout entier, ce matin, avec ce « I love you » de Carpenter.

Depuis ce temps, les Philippines n’ont pas beaucoup changé. Un voyage sur-mesure dans l’archipel vous permettra de découvrir les îles encore moins connues comme Davao, le nord de Palawan, Siquijor ou d’autres sans noms. On ira découvrir Mindanao, les recoins des Visayas, les volcans éteins de Taal et Tagaytay ou le Legazpi et vivre la vie quotidienne des Philippins, ce peuple le plus latin des asiatiques !

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