Voyage au Bangladesh

Voyage au Bangladesh

Repères

Il y a trois grands fleuves qui façonnent le pays : le Meghna qui arrive du Nord Est, le Ganges du Nord Ouest (Padma au Bangladesh) et le Brahmaputra (Jemuna au Bangladesh) du Nord. Le Ganges et le Brahmaputra se rejoignent au Sud de Dhaka, les deux forment avec le Meghna et qui portera ce nom pour se jeter dans le Golfe du Bengale. Tout ce (presque) plat pays (sa frontière est dessiné naturellement par le contrefort de l’Himalaya) forme ainsi un delta géant posé sur le golf du Bengale, avec une petite région montagneuse, le Chittagong, à la frontière avec la Birmanie. Avant de rejoindre le Brahmaputra, de multitudes bras du Ganges se bifurquent sur le Golfe du Bengale forme ainsi le Sundarbans, la plus grande forêt de mangrove du monde (10000 km² dont 60% appartiennent au Bangladesh).

Je crois qu’on peut parler des 4 Bangladesh : la campagne, la montagne à Chittagong, le Sunderbans et Dhaka. Ce circuit à la carte du Bangladesh est conçu sur un itinéraire classique qui nous fait découvrir Dhaka, la campagne et les bangladais, et les Sunderbans. Un itinéraire magique qui nous laisse découvrir un pays au-delà de toutes imaginations et de préjugés : Les Bangladais sont un peuple à part, je n’ai jamais vu de peuple aussi amical, attachant, souriant et émouvant ! C’est le Viêt-nam il y a vingt ans et la Thaïlande il y a quarante ans. Les touristes ne sont pas encore venus par car entier et c’est ça qui fait son charme.

L’itinéraire

La balade dans le centre de Dhaka et sur son port fluvial le jour d’arrivée promet déjà un voyage pas tout à fait comme les autres. Dhaka, la ville encerclée par trois fleuves est une entité à part. Ici tout décuple : la circulation, la population, la pauvreté, la super activité des commerçants, la densité, la dureté de la réalité pour les paysans qui ont quitté leur village natal pour espérer une vie plus miroitante de la capitale. La circulation y est dense et chaotique jour et nuit, vingt quatre heures sur vingt quatre, sept jours sur sept, sauf les jours de grève où finalement aucune véhicule particulier ose s’aventurer dans la ville.

Cinq heures du matin, il fait jour, mais on devine l’arrivée du jour par la ré-intensification de klaxons qui laisse présager une circulation plus que chaotique où se mêlent tuk-tuk, rickshaw (le mot et le mode de transport viendraient du japonais selon notre guide), vélo, vélo tracteur, vélo à brouette, calèche à chevaux, voiture bien sur, camion, bus d’un autre âges, bus à deux étages, moto, tricycle transporteur, tricycle en pick-up, quelques engins non identifiés et piétons. Le tout est brinquebalant mais peint dans le moindre détail, une galerie d’art populaire mobile, disait Zia, notre guide. Le tout à quantité égale, à l’habileté égal, au culot égal et à vitesse égale dans les rues, ruelles et quelques grandes rares artères de la ville : le chaos est tout simplement indescriptible.

Ce jour, départ pour Tangail, balade dans un village de tisserands, visite d’une ferme de semence de riz d’une ONG (il semble que c’est le pays où il y a le plus du monde par l’habitant) avec déjeuner spectacle. Les spectacles folkloriques, ceux pour des touristes, j’en ai vu une paire dans mes voyages. Lorsque le guide nous dit qu’on aura un peu de musique après le déjeuner dans un village, je restait un peu sceptique. Puis une petite bande s’est emmenée : percussions et un type d’accordéon posé à même le sol. Deux numéros de chants seulement (ou d’extrait d’épopée plutôt) sont exécutés par deux chanteurs du village sans lumière, sans maquillage, sans mise en scène mais d’une vivacité et une authenticité rare. On a l’impression d’avoir vécu un bon moment de bonne surprise parmi les villageois.

Nous continuons la route vers le Nord Ouest pour la destination de Bogra. Sur les routes considérées comme à grande vitesse ici, autrement dit, les longues distances, c’est la course entre les autobus qui sont des vrais kamikazes sur la route, les camions multicolores et quelques voitures, le tout égayée par des apparitions insolites des tricycles ou des tuk-tuk, ou chiens, ou chèvres, ou bœufs à tout moment. La route a deux voies de circulation, mais on a vu déjà quatre véhicules des deux sens qui se dépassent à peu près en même temps, puis un troisième qui sort de nulle part et qui double tout le monde, ou encore des véhicules qui prennent l’autre côté de l’autoroute car son côté est inondé par la pluie des moussons.

Ici, en ville ou sur les routes, on avance non seulement pare-chocs contre pare-chocs mais aussi rétroviseurs contre rétroviseurs.

La terre est très fertile, on sème au début de la saison et on cueille à la moisson. Tout pousse et les bangladais sont très travailleurs, ce qui fait que dès qu’on sort de Dhaka, on découvre une campagne très riche : fruits de jacquier, litchis, bananes, cannes à sucre, pastèques, mangues, haricots, courges, navets, toutes sortes de courgettes dont les fameuses courgettes amères, toutes sortes d’aubergines, toutes sortes d’épinard, gombos, cornichons, concombres, ail, oignon… Ce qu’il frappe le plus, c’est aussi la façon dont ils utilisent tous et ne laissent rien traîner : le moindre lopin de terre est cultivé, et encore dans certains cas sur 2 étages avec pieds de courge, d’haricot ou d’un type d’épinard qui surélèvent sur un tuteur au dessus d’une autre culture en pleine terre. Les cassures de briques sont triées par grosseur pour différents travaux de la route. Les bananiers sont utilisés de la tête au pied comme au Vietnam, rien n’est perdu.

On visite un musée ce matin, il y a onze serrures dont une scellée à la cire. Le garde ôte une par une devant nous. Sous l’air complète dépassé d’un musée poussiéreux on découvre des pièces d’une beauté et d’une rareté enchanteresses, même si elles ne sont absolument pas mises en valeur. Le reste de la citadelle datée depuis plus de cinq siècles reste à peine visible parmi les plantations de toute sorte au milieu d’un village.

La route continue, chaotique entre les véhicules de toutes sortes qui dépassent par la gauche et par la droite sur les deux côtés de la chaussée. C’est la moisson, une des trois moissons de l’année. Ce n’est pas la récolte principale, mais le rendement est exceptionnel à vue d’œil. Les paysans étalent le riz sur la chaussée pour les sécher, comme au Vietnam. Seulement quelques petites batteuses de riz, qui marchent avec un moteur de mini tracteur, font leur apparition, sinon tout le travail est encore fait à la main depuis la coupe du riz jusqu’à la casserole.

Nous sommes à l’entrée de la mousson en ce mois de Mai, elle terminera vers fin Septembre. Nous avions eu peur en regardant les prévisions de météo avant le départ qui annonçait la pluie pour toute la semaine. Le guide nous disait : les gens adorent la pluie, il fait frais, et c’est la saison où il y a plus de fruits.

Pays presque sans montagnes, on voit partout dans les chants les cheminées des fabriques de briques. C’est aussi ce savoir-faire qui se reflète dans les quelques temples et mosquées parés de bas-reliefs en terre cuite. On les voit à Govinda Vita, le temple situé devant la citadelle de Mahastanghar et dans le musée à 11 serrures, dans la cité des temples de Putia, ou encore dans le musée du monastère de Paharpur avec son superbe buste de Bouddha. Des sites archéologiques d’une grande beauté nichés gentiment dans la campagne verdoyante bangladaise.

Ce matin très tôt, nous embarquons sur notre navire où nous passerons deux jours de balade dans le Sunderbans, ses bras de mer longs plus d’une centaine de kilomètres où les tigres royaux du Bengale ont élu domicile. Avec nous, deux gardes forestiers armés pour nous escorter dans la balade dans la mangrove. On n’a pas vu de tigres ni cerfs, on s’en doute un peu, mais la promenade reste très sympathique pour découvrir la vie grouillante de la mangrove au gré de la marée. Par contre, la partie de pêche avec des loutres est un vrai must. Pratiquée seulement par quelques familles Hindoues, les pêcheurs lâchent les loutres (attachés par des ficelles) dans l’eau à côté de leur filet, le cri des loutres chassent les poissons dans le filet et voilà la partie est jouée ! On était tous fous de joies, les appareils de photos et les caméras sont surchauffés : des vrais mômes, ou des vrais touristes, quoi, au choix.

Entre les sorties dans la jungle ou dans les villages sur les berges, on passe le temps (peu) sur le bateau pour observer les oiseaux et la vie paisible sur l’eau : pêcheurs, bateaux transporteurs, bateaux modernes, barges, ferries locales (on a vu deux barques à moteur se rassembler par les planches sur la largeur pour pouvoir transporter une camionnette dessus), même un hôpital sur un voilier de cinq mâts, et les bateaux de l’armée navale du Bangladesh. Puis arrive le moment des repas. C’est l’endroit où l’on mange le mieux pendant tout le voyage. En fait, la cuisine bangladaise, malgré la richesse des légumes et d’épices, n’est pas très variée, tout au moins dans la composition des repas : riz, légumes, viande ou poisson, dal (sorte de sauce/soupe aux lentilles), et quelques mashes (sorte de différentes purées un peu salées de tout type d’ingrédients). La viande ou le poisson sont soit frit soit en sauce de curry. Toutefois, la variété se joue dans les déclinaisons de préparation : quand c’est les légumes, il s’agit de toutes sortes de légumes sautés ou cuisinés de plusieurs manières ou encore la richesse des purées est le sujet de rivaliser entre deux restaurants ou deux maîtresses de maison. Puis il y a toutes sortes de galettes, un peu comme en Inde ou au Népal, pour le petit-déjeuner, un délice. Dans le peu de restaurants touristiques (terme très relatif ici, car il n’y a pas tant de touristes…), notamment dans les restaurants d’hôtels, il existe un type de cuisine appelée « sino-bangladaise », pas très heureux comme mariage, ce qui donne naissance, on a goûté une fois, à une soupe de style appelé thaï, mais le guide nous assure qu’on ne la trouvera pas en Thaïlande.

Petite curiosité: Il arrive que vous entendiez parler du chantier naval dans la région de Chittagong, sachez qu’il n’est pas possible de les visiter, tout comme celui dans le Gujarat en Inde. Par contre, une puce de mer très animée est tout à fait accessible à Vhatihari.

Festivals et fêtes

On n’oublie pas de correspondre son voyage dans si c’est prévu dans une période où il y a un festival, les plus colorés sont le Nouvel An (14 avril), le Durga Puja à la pleine lune entre Octobre et Novembre. Les trois moissons de riz dans l’année (mai-juin, octobre, et janvier) et la récolte de jute (deuxième quinzaine d’Août) sont d’excellentes occasions photogéniques.

Un fois tous les cinq ans, il y a une élection, l’occasion de nombreuses grèves dans les six mois qui la précèdent, la prochaine est prévue en Janvier 2014.

Comment t’appelles-tu ? Lima, Sheiba, Shetu… D’où venez-vous ? Puis-je prendre une photo avec vous ? Village par village, marché par marché, le spectacle se répète inlassablement. Plus qu’une fois, on les voit nous prendre en photo avec leurs petits téléphones portables. Plus qu’une fois, on a envie de prendre la photo d’une personne et on se retrouve avec la moitié du village qui est venue pour se faire prendre en photo. Plus qu’une fois quand on quitte un endroit, on a le droit d’avoir la moitié d’un village qui vient nous regarder et nous dire au revoir. Plus qu’une fois j’ai le droit à des petits cadeaux qu’ils prennent de leur jardin : un litchi, une mangue, quelques fleurs champêtres…, en plus de leur sourire et leur gentillesse.

Conseils aux voyageurs : Lorsque vous prenez les photos des gens dans un village, n’oubliez pas de leur montrer sur l’écran de votre appareil leur photo, vous créez une amitié et une sympathie immédiate avec les gens. Le meilleur est que si vous avez un Polaroïd, emmenez-le avec un petit stock de cartouches, vous faites des fous heureux si vous leur donnez de suite leur photo sur papier.

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